CFP: Revolution(s), Université de Paris Nanterre : 7, 8 et 9 juin 2018

58ème Congrès de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur

Université de Paris Nanterre : 7, 8 et 9 juin 2018

Texte de cadrage (français) : Révolution(s)

Un demi-siècle exactement après les « événements » du printemps 1968, dans lesquels le campus de Nanterre a joué un rôle central, la thématique retenue pour le 58e Congrès de la SAES tombe sous le sens. Revolution, dès son émergence dans la langue anglaise, atteste une plasticité toute freudienne dans l’aptitude à qualifier les contraires : ordre et interruption d’ordre, révolution comme rupture, comme nouveau départ, comme promesse d’un nouveau monde, comme retour au point de départ. Cette idée mobilisatrice ─ comme projet ou espoir, comme figure du temps, schéma pour faire sens de l’histoire ou pour faire histoire ─ est-elle encore porteuse ?

Au-delà de la diversité de ses formes dans les mondes anglophones d’hier et d’aujourd’hui, la thématique invite à une réflexion épistémologique sur les révolutions des pratiques et des cadres propres aux études anglophones contemporaines. La disponibilité illimitée des ressources en ligne et les changements technologiques (ebooks, digital humanities, modes d’expression collaboratifs et connectés) révolutionnent déjà nos pratiques et nos usages. Dans quels contextes s’opèrent les révolutions scientifiques, les changements de paradigmes thématiques, théoriques et méthodologiques dans nos champs de recherche anglicistes ?

Dans le domaine de l’histoire et de la civilisation, on pourra bien entendu réévaluer le caractère révolutionnaire d’événements tels que les guerres civiles du XVIIe siècle (« Révolution puritaine », « Glorieuse Révolution »), en retraçant l’histoire de leurs interprétations par des historiens qui semblent utiliser le terme avec plus de prudence. À l’inverse, d’autres événements, qui ne sont pas habituellement traités comme des révolutions, ne pourraient-ils pas entrer dans cette catégorie, comme la Guerre des Deux Roses, le schisme de 1534, qui mit en branle une révolution religieuse, culturelle et politique, ou encore les soulèvements jacobites du XVIIIe siècle, parfois vécus comme des révolutions avortées ? Les guerres d’indépendance dans le cadre de l’Empire britannique doivent-elles ou non être conçues comme des révolutions ? Enfin, quid des grandes transformations que sont la « révolution scientifique » ou la « révolution industrielle », et à l’époque contemporaine des tournants idéologiques du Welfare State, de la « révolution thatchérienne » et du « blairisme », ou au plan constitutionnel de la devolution et du Brexit ?

Quant à la littérature, se propose-t-elle simplement de chroniquer et d’accompagner les révolutions qui secouent notre monde, ou bien un livre peut-il changer le monde ? La révolution formelle qui a déconstruit les codes et inauguré le passage dans chaque nouvelle phase de l’histoire littéraire a-t-elle été le reflet d’un changement dans le regard que les écrivains portent sur le monde, ou a-t-elle créé une nouvelle façon de (nous) le représenter ? Comment juger du caractère révolutionnaire d’une œuvre ? À son impact immédiat, à sa capacité à « faire date », comme Ulysses, ou à son influence profonde et durable, comme celle de Shakespeare ou des poètes romantiques sur l’ensemble de la littérature de langue anglaise ? La littérature participe-t-elle du révolutionnaire sur un mode formel uniquement, ou peut-elle investir le politique, comme Invisible Man de Ralph Ellison, dont la publication en 1952 peut être vue comme l’un des événements annonciateurs du mouvement des droits civiques ? Inversement, la littérature n’a-t-elle pas eu parfois un positionnement contre-révolutionnaire, comme lorsque George Orwell, voire Aldous Huxley, ont dénoncé des excès révolutionnaires ? La classification en genres place-t-elle toujours la littérature du côté de la réaction, de la conservation du même, via la canonisation ? Il s’agira également de réfléchir aux révolutions conceptuelles : croisement des époques, fertilisation mutuelle des approches, perméabilité des genres…

Envisagée comme construction de la nation à l’âge romantique ou retour des exclus dans la traduction culturelle, de Humboldt à Homi Bhabha et Judith Butler, la traduction est pour sa part autant le témoin que le porte-flambeau des révolutions culturelles et techniques qui façonnent nos champs d’études. Instrument de propagande, elle est aussi l’outil de toutes les résistances et de toutes les innovations, moyen privilégié de la diffusion des idées nouvelles. Le traducteur est le rebelle, l’ennemi du patriotisme (Derrida), celui qui travaille le système au plus près, et le sabote pour y faire advenir l’autre. À l’heure où lestranslation studies révolutionnent le paysage universitaire des pays anglophones et nos champs disciplinaires, les liens entre traduction et enjeux identitaires, pensée politique, diffusion des savoirs et l’évolution de la traduction comme outil pédagogique sont autant de questions à examiner.

Alors que la création d’un département autonome de linguistique à Nanterre en 1968 reflétait la situation révolutionnaire des sciences du langage, marquant son ouverture aux autres champs des sciences sociales (sociolinguistique, psycholinguistique…), les questions de corpus au plus près de la réalité linguistique des communautés anglophones ont pris une place considérable dans la réflexion sur la construction du sens dans la langue anglaise. Quelles nouvelles méthodes d’analyse émergent des études de corpus ? Comment aborder norme, variation, évolution linguistique à l’heure de l’anglais mondialisé ? Que dire des subversions de l’anglais à l’heure des tensions entre hégémonie et fragmentations dialectales ?

La didactique de l’anglais langue seconde nous entraîne vers l’impact de la révolution technologique et numérique sur nos pratiques et l’évolution de nos étudiants en anglais de spécialité ou en LANSAD, mais aussi sur les outils à notre disposition en matière de récolte et d’analyse des données (grands corpus, statistiques, mise en forme des résultats, etc.). Quelles ouvertures méthodologiques proposent les découvertes en neurosciences ? À l’intérieur de l’institution, on peut s’interroger sur la « révolution » à l’œuvre dans le cadre des instructions officielles pour l’enseignement des langues : quelle liberté pédagogique, quelles innovations, lorsque le mode traditionnel de la transmission n’opère plus, à l’heure de la massification de l’enseignement ? Quelles place(s) pour l’apprenant qui doit recevoir mais aussi produire, parler, interagir, agir dans une démarche communicationnelle, actionnelle, prenant en compte la nature des échanges en société ? Quelles révolutions pour l’Université dans ses missions d’insertion professionnelle et d’apprentissage-formation tout au long de la vie ?

Dans le domaine des études télévisuelles, on ne compte plus les « nouveaux âges d’or » sans cesse proclamés, dont la récurrence cyclique nous renvoie à une évolution en spirale. On pourra s’interroger sur la réécriture subversive des récits et images du passé (télévisuel). La fascination contemporaine pour les séries cultes des années 1990 ou 2000, comme Twin Peaks (1990-91), X-Files (1993-2003) ou Gilmore Girls (2000-06), qui ont annoncé leur « retour » au moyen de nouvelles versions tout récemment créées, dévoile les tensions à l’œuvre entre conformisme et subversion, et leur regard sur le monde (anglophone) contemporain. Le remake télévisuel éponyme de Mildred Pierce (HBO, 2011), film noir culte de 1945 réalisé par Michael Curtiz, en est un autre bon exemple. On explorera aussi la façon dont le cinéma, en plus de créer des films qui mettent en cause le canon et donnent naissance à des formes et des genres hybrides nouveaux, « re-fait » — re-makes — ce qui a fait son succès, grâce à des œuvres parfois encore plus réussies. Invasion of the Body Snatchers (Philip Kaufman, 1978), remake d’un film de Don Siegel (1956), ou celui réalisé par les frères Coen en 2010 de True Grit(Henry Hathaway, 1969), un classique parmi les classiques, sont de bons exemples de ces révolutions épiphaniques sur grand écran.

 

Texte de cadrage (English) : Revolution(s)

This theme seemed the obvious choice for the 58th Congress of the SAES at Nanterre University in 2018, exactly half a century after the events of the spring of 1968 in which the Nanterre campus played such a leading role. From its earliest uses in the English language onwards, the word Revolution has seemed to have an almost Freudian capacity to render opposites: order and disorder, revolution as rupture, a new departure, the promise of a new world, or a return to the beginning. Is the notion of revolution as a catalyst for action still relevant today? Does it still carry conviction as a plan, hope, or representation of an age? Is it still pertinent to think of it as a framework to make history or to give it meaning?

Over and above the diversity of its forms in the English-speaking worlds past and present, the theme of revolution is an invitation to an epistemological reflection on its manifestations in contexts specific to contemporary English language studies. The infinite availability of online resources, combined with vast technological changes (ebooks, digital humanities, collaborative and connected modes of expression, etc.) have already revolutionized our working habits and practices. In what areas are these revolutions in knowledge and learning having an impact? What are the major thematic, theoretical and methodological paradigm shifts in the various areas of English studies today?

In the fields of history and civilization, the revolutionary character of events such as the civil wars of the 17th century (“The Puritan Revolution”, “The Glorious Revolution”) can be reassessed by reviewing the history of their interpretations by historians who use the term revolution with more discretion than before. It is also possible to consider events which are not normally termed “revolutions”, for example “The Wars of the Roses”, the 1534 Schism which initiated a religious, cultural and political revolution, or the Jacobite upheavals, sometimes experienced as aborted revolutions in the 18th century. Can the wars of independence at the close of the British Empire be called revolutions? Finally, how should we consider the great transformations brought about by the “scientific revolution” or the “Industrial Revolution”, or the ideological watersheds such as the post-WWII Welfare state settlement, the “Thatcherite revolution” and Blairism, or the constitutional changes induced by devolution and Brexit?

Does a literary work simply chronicle and accompany revolutions or can it change the world? Was each formal revolution which deconstructed one set of codes and ushered in a new phase of literary history just the reflection of a change in the way writers saw the world or did it create new ways of representing this change? What makes a piece of writing revolutionary? Is it its immediate impact? Is it because it marks a milestone, as Joyce’s Ulysses did, or because it leaves a deep, lasting influence on English-speaking literature as a whole, as Shakespeare and the romantic poets have? Literature can be revolutionary in form, but it can also carry a political message, as is the case with Ralph Ellison’s Invisible Man, published in 1952, which can be read as a ground-breaking moment in the civil rights movement. Conversely, some writers take counter-revolutionary stances, like George Orwell and Aldous Huxley, who denounced the excesses of revolutions. By classifying works into genres and preserving them in the literary canon, is literature not positioning itself as reactionary? Conceptual revolutions and the way in which they take place across time periods, cross-fertilizing approaches, and the permeability of genres can also be considered.

Translation, from Humboldt to Homi Bhabha and Judith Butler, originally seen as a key to nation-building in the romantic age or a return of those forgotten in cultural translation, has acted as the torch bearer of the cultural and technical revolutions which have shaped our fields of study. Sometimes an instrument of propaganda, it is also a tool for resistance and innovation, and a preferred means to spread new ideas. The translator is a rebel, an enemy of patriotism (Derrida), the person who is in closest contact with a system and can sabotage it from within to enable the advent of something new. At a time when the area of “translation studies” is completely revolutionizing the university landscape in English-speaking countries and our own disciplinary fields, many new questions emerge concerning the links between translation and questions of identity, political thought and the diffusion of knowledge, and the evolution of translation as a pedagogical tool.

The creation of an autonomous linguistics department at Nanterre University in 1968 reflected the revolutionary situation of speech and language study as a discipline, clearly signaling that linguistics was opening up to other fields in the social sciences (such as sociolinguistics or psycholinguistics). Reflections on the construction of meaning in the English language today are inextricably linked to issues related to working with corpora which match the linguistic realities of English-speaking communities as closely as possible. What new methods of analysis have emerged from the study of corpora? The age of global English has opened up a whole new set of challenges on the best way to tackle normative forms, variation and linguistic evolutions. Indeed, what can be said about the subversions of the English language at a time of tension between hegemony and dialectal fragmentation?

The didactics of teaching English as a second language raises questions about the impact of the technological and digital revolution on our practices and the necessary changes in English teaching and learning for students who specialize in other disciplines, while new tools are at our disposal for the collection and analysis of data (large corpora, statistics, standardization in the presentation of results…). Discoveries in neuroscience can foster new methods and findings. What institutional “revolution(s)” are offered by the national curriculum for language teaching in terms of pedagogical freedom and innovations, when traditional modes of transmission no longer work for increasingly larger cohorts of students? What is the role of the learners, who must not only receive but produce, speak, act and interact in situations requiring communication or action which reflect the nature of social exchanges? How can the University revolutionize its approach to assisting both students and professionals throughout their careers?

In the domain of television studies, heralding one “new golden age” after another seems to reflect some sort of spiral-shaped evolution. The study of the subversive rewritings of images of the past (television) merits further exploration. The recent fascination for cult series of the 1990s and 2000s — such as Twin Peaks (1990-91), The X-Files (1993-2003) and Gilmore Girls (2000-06) —, which have announced their “return” with new, updated versions, foregrounds the tensions between conformity and subversion visible in current TV shows and their take on the contemporary (English-speaking) world. The 2011 HBO eponymous remake of the 1945 cult film noir Mildred Pierce by Michael Curtiz is another fascinating example of the whole trend. We will also examine how cinema, beyond creating works that challenge the canon and spawn new hybrid forms and genres, literally remakes some of its early achievements, sometimes releasing even better works than the originals. Philip Kaufman’s 1978 Invasion of the Body Snatchers, a remake of the 1956 film of the same name by Don Siegel, and the 2010 remake by the Coen brothers of the 1969 version of True Grit by Henry Hathaway, a classic in its own right, are perfect examples of such epiphanic revolutions on screen.

Advertisements
This entry was posted in Conferences and seminars, Of Victorian Interest. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s