Cpnference, APPELLATION(S) / NAMING, LABELLING, ADDRESSING, Atelier SAES 17-19 May 2013, Université de Bourgogne (Dijon)

Le 53è congrès de la SAES se tiendra à l’Université de Bourgogne (Dijon)

du 17 au 19 mai 2013

Titre du congrès: APPELLATION(S) / NAMING, LABELLING, ADDRESSING

Voir le texte de cadrage ci-dessous.

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Programme de l’atelier Victorien et Edouardien

Vendredi après-midi : 14h30 – 18h

14h30-14h55 : Sophie Naveau (Paris Ouest Nanterre) : De quoi l’héroïsme est-il le nom dans No Name de Wilkie Collins et A Tale of Two Cities de Charles Dickens?

14h55-15h30: Déborah Bridle-Surprenant (Université Nice – Sophia Antipolis) : The Hunting of the Snark – A Naming Crisis in Eight Fits

15h30-15h55: Gaïane Hanser (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3) : “A Touch of Manhood” : noms masculins et construction de l’identité féminine dans l’oeuvre de Charlotte Brontë

15h55-16h30: Marie-Laure Massei-Chamayou (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) : Noms, appellations et identité en tension dans Persuasion de Jane Austen (1818)

16h35-17h00: Maxime Leroy (Université de Haute Alsace) :  ”Preface, or Advertisement (call it which you please)” : les enjeux de l’intitulé de la préface auctoriale

17h00-17h25 : Nolwenn Corriou (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3) : “That nameless thing” : naming the culprit in supernatural whodunits

17h25-18h00: Marina Remy (Université Paris Sorbonne) : Naming, Labelling and Addressing the Other in the Name of Reportage in the Works of Henry Mayhew, James Greenwood and W. T. Stead

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APPELLATION(S) / NAMING, LABELLING, ADDRESSING

“What’s in a name? That which we call a rose / By any other name would smell as sweet” (Romeo and Juliet, II, ii, 1-2).

A notre tour, nous souhaitons nous interroger sur la notion de nom, et plus précisément sur celle d’appellation, que nous déclinerons dans les différents champs de l’anglistique.

La notion d’appellation peut se prêter à toutes sortes de modulations dans le domaine littéraire. Il pourra s’agir de reconsidérer tout d’abord le contour et les limites des appellations génériques telles que la nouvelle, la novella, le roman, l’essai, le poème en prose, la vignette, etc. Il s’agira donc d’examiner la pertinence des termes qui s’appliquent non seulement à la catégorisation des genres mais aussi, à l’intérieur de chaque genre, à la typologie de ses éléments constitutifs. On pourra se demander en quoi telle ou telle appellation modifie, infléchit la lecture d’un texte, en affecte le sens et la portée, mobilise tel type de lecteurs, place le texte dans une filiation particulière, affirmée ou suggérée, ou encore hors de toute filiation.

Le thème pourrait également se décliner dans le secteur particulier de l’onomastique comme dans celui du pseudonyme d’auteur, c’est-à-dire du point de vue de la fonction des appellations, du rôle qu’elles jouent dans la création de modèles de personnages, ou dans la fonction sociale de l’auteur. On pourra, en autres choses, s’intéresser à la dimension gustative des sonorités et au pouvoir d’évocation d’un nom propre, que ce nom ait été façonné par son référent ou qu’il ait été choisi pour imprimer à ce dernier un ensemble de tonalités évocatrices.

Enfin, tout terme utilisé par la critique comme outil d’analyse, toute dénomination de concept critique, pourront faire l’objet d’une analyse et d’une discussion. Dans la mesure où l’appellation révèle, montre, caractérise, en même temps qu’elle exclut, gomme et préjuge, ce thème se présente comme l’occasion d’exercer une pensée libre et distancée à l’égard de la critique et du déjà pensé. Il sera donc l’occasion pour chacun de mesurer la responsabilité du discours critique dans le choix de ses propres outils comme dans le domaine de leur subversion toujours possible.

En linguistique, l’appellation évoque bien sûr les concepts de dénomination, de désignation, de dénotation, et plus largement la problématique de la référence. Elle trouvera naturellement sa place dans le champ d’étude de la sémantique, de la lexicologie ou encore de la lexicographie. Loin de n’être qu’une étiquette stable et monolithique, elle pourra également être matière à des réflexions qui ont trait à la mise en discours. Ainsi la dénomination ne recouvre-t-elle pas toujours la désignation et l’appellation met-elle en jeu des processus de déplacement, de substitution, de sur- ou sous-détermination. Elle sous-tend alors également des stratégies discursives et des enjeux rhétoriques puisqu’elle fait l’objet de choix et de calculs. Appeler ou nommer un référent, c’est aussi l’étiqueter, le juger, le classer. Et c’est également, pour le locuteur, dire quelque chose de lui même : choisir un nom, préférer une dénomination à une autre, c’est inscrire sa subjectivité dans le discours, se présenter, se positionner socialement et discursivement. Elle s’inscrit donc aussi dans une dimension pragmatique, sociopragmatique et sociolinguistique, ainsi que dans un questionnement interactionnel.

Enfin la problématique de l’appellation comporte sans doute une dimension méta-linguistique qui concerne tous les champs de la linguistique, qu’elle soit écrite ou orale, qui s’appuient sur des appellations parfois divergentes et plus ou moins consensuelles ou problématiques.

Loin de n’interroger que la relation du signe au monde, l’appellation met donc en jeu des questionnements fort complexes et variés qui touchent tous les champs de la linguistique et des sciences du langage.

En civilisation, la notion d’appellation est fondamentale car elle est intimement liée au pouvoir : l’acte de nommer est de toute évidence un acte de puissance. Ainsi, lorsque la flotte de la Grande-Bretagne parcourt les mers au 18ème et 19ème siècles, elle marque son influence en nommant les lieux et en formatant ainsi les cartes géographiques jusqu’à nos jours. Autre exemple, comme l’a expliqué le linguiste américain George Lakoff (2004), la mainmise des Républicains sur les termes du débat public est un élément important de leur domination relative sur la scène politique des Etats-Unis. Derrière les mots se trouvent les concepts : le Parti républicain a su faire circuler ses conceptions de façon extrêmement efficace. Dans ces conditions, la notion d’appellation invite à s’interroger sur la question du nom, du label, de l’étiquette, l’action de rebaptiser ou de débaptiser un parti politique, un syndicat, une association ou toute autre organisation et sur les conséquences que cette action peut avoir.  Elle recouvre des domaines aussi variés que la rhétorique (adresse, discours, lettres, etc.), la communication, le marketing politique mais aussi la toponymie. Comme dans d’autres champs disciplinaires, l’appellation permet non seulement de définir, d’identifier, d’inclure mais aussi de rejeter ou de stigmatiser. Dès lors, l’appellation est non seulement une façon d’agir mais aussi de penser et d’interpréter l’événement et peut s’appliquer aussi bien à l’acteur qu’à l’historien ou au sociologue. La notion pourrait permettre d’aborder également la question du concept en sciences sociales, le processus de conceptualisation, l’idée de nommer, voire de renommer un événement, l’écriture et la réécriture de l’histoire, et serait ainsi l’occasion d’engager une réflexion méthodologique sur notre champ disciplinaire.

Dans le domaine de l’histoire des idées et des mentalités, on pourra partir de cette citation de Victor de Jouy, journaliste et dramaturge, dans un article publié dans le recueil L’Hermite de la chaussée d’Antin (1811): « Si l’on veut absolument faire quelques emprunts à la langue anglaise, si riche des larcins qu’elle a faits à la nôtre, on peut essayer d’y naturaliser les mots confortable, inoffensif, insignifiant et quelques autres qui n’ont point d’équivalent en français. » Cette citation peut venir à l’appui de recherches et d’études, aujourd’hui facilitées par les nouvelles technologies, pour découvrir comment de nouveaux termes émergent et s’imposent pour caractériser des réalités nouvelles ou perçues comme telles. Les néologismes ou les glissements de sens, qui permettent de faire des liens entre linguistique et civilisation, ont toujours existé. Le dix-huitième siècle a particulièrement senti le besoin d’inventer des nouveaux mots, ou de modifier  le sens d’autres termes, pour qualifier des réalités nouvelles. Il en va ainsi des mots « progress », « perfectibility », « comfort », « eccentricity ».  La liste est loin d’être exhaustive. Les siècles suivants et particulièrement le vingt-et-unième siècle en sont aussi riches. Notre propos ne sera pas de s’attarder sur des développements matériels nécessitant de nouvelles appellations, mais sur la façon dont des nouveaux termes viennent à l’appui des concepts, en dérivent et les imposent, faisant évoluer les mœurs et les mentalités.

Dans le domaine des études cinématographiques, on pourra explorer, comme en littérature, la question du genre, des “étiquettes” génériques (films d’horreur, chick flicks, etc.), ainsi que celle de l’adresse. On pourra aussi s’intéresser aux titres de films, mais aussi à leur traduction: titres conservés tels quels, traduits ou réinvention du titre dans la langue d’origine, par exemple. On pourra aussi examiner les noms et surnoms des acteurs, des producteurs, des cinéastes, qui peuvent devenir des noms de marque (domaine des star ou fan studies, question du cinéma d’auteur: A Quentin Tarantino film).  Les deux dernières pistes peuvent être plus largement appliquées aux études culturelles et artistiques.

Le terme appellation pourra également conduire à s’interroger sur l’ensemble des facteurs qui contribuent à la définition de la didactique : son origine, ses fondements théoriques et ses relations avec les autres domaines de l’anglistique. On cherchera à préciser les délimitations du domaine de recherche qui en est le fruit, les voies que la didactique de la recherche emprunte pour articuler les savoirs savants aux dispositifs de cadrage institutionnels ainsi qu’aux besoins de la pratique au quotidien. De manière connexe on pourra également envisager la question des normes, des méthodes et méthodologies de recherche, des résultats et de leur validité.

Le comité d’organisation du congrès de la SAES 2013

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